LA TROISIÈME VÉRITÉ SUR LA VILLE DE LA CHAUX-DE-FONDS  est au audio-guide qui a vu le jour en 2017 dans le cadre du festival de La Plage des Six Pompes. Elle s'est rejoué en 2019 dans ce même cadre.

Ensuite, c'est le Théâtre populaire romand et le Centre de culture ABC qui l'ont programmés pour leur saison 2019.

Il sera prochainement intégré à l'office du tourisme de la Chaux-de-Fonds.

Conception générale et écriture Camille Mermet

Auteur Dejan Gacond

Création et conception sonore Louis Jucker

Application Revoir Stephane Jäggi

Graphisme de l’application Sophie Gagnebin

Photograghies Guillaume Perret & Anna Gölding

Livre Quadraat

Cabine téléphonique L'atelier simple

Administrateur Stéphane Frein

Diffuseuse Agathe Raboud

Production Personne

Accueil et performance pour les éditions "festival" Sarah Anthony, Fiona Caroll, Steven Doutaz, Alexandra Gentile, Stella Giuliani,  Ilinka Guyot, Salomé Guyot, Valérie Jenouvrier, Milena Ioset, Camille Mermet, Clémence Mermet, Hannah Meuli, Agathe Raboud, Damian Rognon, Mathilde Vaucher, Amelie Verone, Aurore Faivre, Mathias Antonietti, Chady Abu-Nijmeh, Damien Naimi, Aurore Jecker, Maëlle Torné, Lucie Rausis, Remy Rufer, Léon Jodry, Tenko, Naomie Mabanda, Mirsada Talovic, Patrice Chapuis, Albertine Mermet, Cécile Mermet, Isabelle, Anicée, Ernestine Mermet, Laurence Maître, Nathalie Grossenbacher, Sandro De Feo, Sylvia Pellegrino et Camille Depietro 

Derniers articles parut:

La métaphysique de la ville hallucinée de Personne

 

DANIELA DROGUETT FERNANDEZ·JEUDI 26 OCTOBRE 2017

 

  

Lorsque je me promène, silencieuse et sereine, mon esprit aussi vadrouille. Dans ces errances des images désordonnées remontent de l’abîme cérébral, débordement de l’inconscient. Souvenirs colorisés, constructions imaginaires, rêveries éveillées. Ces projections arrangent l’environnement en visions qui perturbent les sens. Comme dans un rêve où tout est improbable, rien n’est impossible. L’expérience est souvent intense, jouissive, mais brève.

Là, c’est toute une balade qui est un voyage dans les marges de la réalité. Pourtant, au poste de départ, le promeneur, directives bien assimilées, écouteurs sur les oreilles, est pris par la main (de la voix, si je peux dire ça comme ça), pour une visite audio-guidée, format classique. La visite de la ville, c’est ainsi que c’est vendu, a démarré. Je me déplace sur la droite, je lève le nez. J’obéis et pivote d’un quart de tour à gauche, direction le poste suivant. Puis le suivant. Mais alors que je croyais faire du tourisme didactique et – je me dois de l’avouer – un peu bêlant, c’est surprise et amusée comme un marmot, que je réalise m’être fait totalement embobiner. Mon audio-guide me mène dans un road trip piétonnier halluciné. Une performance métaphysique que je découvre en solitaire et en marchant.

Par les petits écouteurs glissés dans mes oreilles, une voix féminine parle dans ma tête. Avec le professionnalisme mielleux et distant du guide officiel, elle dirige chacun des mes pas, leur vitesse, la direction de mon regard, l’inclinaison de mon buste. C’est coercitif et rassurant à la fois. Allons : ce n’est qu’un jeu ! Mais – presque insidieusement – la voix « s’approche ». C’est déstabilisant, car comment pourrait-elle être encore plus près de moi que dans mes tympans ? Elle s’insinue au milieu de mon crâne, bien profondément. Dans le lobe temporal ? Partout. Maintenant cette voix est modulée, distordue, accompagnée par d’autres sonorités élaborées qui planent dans ma tête telles des méduses irisées. Cette réalité enregistrée chatouille mon cortex et excite ma vision. Ces sons comme s’ils provenaient de mon intérieur. Qui me parle ? Je frôle le dérapage schizophrène.

Donc, le parcours urbain ne peut se faire que sous les indications précises, en un temps et un lieu imposés. Ce qui fait la particularité de cette performance urbaine, c’est que, paradoxalement, cet exercice sous contrainte nous mène en deçà du paysage, à l’extérieur de ce qu’il y a à voir : à l’intérieur de notre carapace, près de ce quelque chose qui sommeille en nous. La promenade invite à ouvrir les yeux au cœur même du rêve. Des rêves. Car il y en a plusieurs, disséminés dans la topographie, oeuvrant à divers niveaux à notre confusion mentale, à ce paysage qui est maintenant si différent ! Des mini-bulles situationnistes délicieusement tartinées de surréalisme s’ajoutent en surimpression à notre regard prêt à tout.[1]

Glissement de paradigme : j’ai perdu la maîtrise de la perception de mon environnement. Le monde entier s’est déplacé à une distance déraisonnable et m’y entraîne. Je me laisse couler. Dans cette ville où je vis, je me meus en planant doucement dans un espace remodelé et virginal, comme sous l’emprise d’un psychotrope[2].

Ici l’expérience psychotropique se fait en état de sobriété physiologique. Si la direction de vos pas est assurée jusqu’au poste d’accueil, votre intégrité mentale est sous votre seule supervision. 

Un lent retour dans une torpeur amniotique qui accoucherait d’une ville nouvelle me permet de décélérer à vitesse mentale réaliste. Et revenir à « la normale ». Pour autant que je le veuille encore désormais. Je vis ce retour comme mon propre accouchement et renaissance. Au seuil de sortie de la promenade, j’obéis pour la dernière fois à la voix : je retire le casque des oreilles et apprécie le retour des sons environnants – ce ronron permanent de la ville – dans mes synapses rassurés. Voilà pour la sortie physique. Mais il y a aussi la sortie mentale et il va falloir que j’atterrisse de ce voyage halluciné. Je reste un moment ébahie, grouillant d’émotions et de questions. Suis-je encore éveillée ? Ou suis-je enfin éveillée ? C’est sûr, cette expérience m’a traînée hors du « cocon de confort » (Confortably numb, The Wall [ou plutôt la version revisitée de The Bad Plus]), allusion à la fin de la chanson « quand j'étais enfant, j'ai eu une vision, [...], je n'arrive plus à remettre la main dessus [...] ».

Personne vous propose une vision presque originelle des perceptions de vos sens. On s’y abandonne les yeux arrondis et brillants de l’enfance, le sourire comme seule gratitude. Camille Merme, dématérialisée, est mon chaman personnel. Dejan Gacond et Louis Jucker frappent les tambours et envoient la petite fumée. Par le biais d’une interface technologique, ils me coachent dans cette expérience sensorielle qui me mène à la limite de ma propre dissolution éthérée.

Daniela Droguett Fernandez

La 3ème vérité, une promenade audioguidée dans La Chaux-de-Fonds, création : août 2017. 

 Reprise du 26 au 30 octobre 2017 (voir ci-dessous).

Cie Personne : Camille Mermet avec Dejan Gacond et Louis Jucker.

 

    

[1] Les situationnistes refusent la séparation entre l’art et la vie. « La poésie pour nous ne signifie rien d’autre que l’élaboration de conduites absolument neuves, et les moyens de s’y passionner », écrit l’Internationale lettriste (IL). La poésie ne se réduit plus à une banale forme littéraire mais se situe dans les comportements et les moments de la vie désignées comme des « situations ». Les surréalistes de la revue Front Noir affirment comme objectif « l’établissement conscient et collectif d’une nouvelle civilisation ». La poésie débouche donc vers l’action directe pour rendre la vie absolument passionnante. (http://www.zones-subversives.com/)

 

[2] Comme le dit Wiki : un psychotrope induit des modifications de la perception, des sensations, de l'humeur, de la conscience (états modifiés de conscience) ou d'autres fonctions psychologiques et comportementales. Le terme psychotrope signifie littéralement « qui agit, qui donne une direction » (trope) « à l'esprit ou au comportement » (psycho).